Célébration du 5e dimanche de Carême
29 mars 2020

 

Prière d’ouverture 
Seigneur, nous te remercions de pouvoir être en communion avec toi. Et par toi et en toi, nous sommes en communion les uns avec les autres. Tu connais actuellement nos situations respectives. Nos activités sont en ralenti pour nous protéger des autres et que nous protégions également les autres de la maladie. Reçois nos prières aujourd’hui, et par nos prières, des personnes que nous te présentons dans le silence près de chez nous et au loin. Sois auprès de ceux que nous aimons et sois auprès de ceux que nous savons en difficulté. Sois présent dans ce temps que nous te consacrons aujourd’hui. Amen. 

Textes du jour 
Psaume 130 – Ezéchiel 37,12-14 – Jonas 2, 1-10 - Jean 11, 1-45

 

Méditation
Il y a des mots qui nous marquent un temps, qui nous poursuivent quotidiennement, qui disparaîtront et qui seront inscrits et consignés un jour dans les livres d’histoire. Le mot de la semaine est plutôt la série suivante : être confiné, confiner et le confinement. Cette déclinaison est apparue dans l’actualité, est devenue une réalité quotidienne et internationale ; nous espérons qu’elle disparaîtra quand le pic de l’actualité qui l’entoure et de la pandémie qu’elle cherche à éviter, se désactive et s’éteint complètement.

Je me suis donc autorisé à me laisser porter à travers la Bible avec cette notion en tête. 

Première remarque : le verbe ou le mot se rapportant à « confiner » n’existe pas tel quel dans les Ecritures. Seconde remarque : des situations ou des états analogues sont bien présents, où l’on peut parler d’un confinement. 

Le premier texte qui est venu spontanément à mon esprit, c’est le moment de l’après- Résurrection de Jésus. L’Evangile de Jean nous rapporte que les portes de la maison où se trouvaient les disciples, avaient été fermées voire verrouillées (selon les versions) par crainte des Juifs (Jean 20.19). On peut dire que les disciples se sont confinés à l’intérieur parce qu’ils avaient peur et étaient dans l’incertitude suite aux derniers événements passés. 

On retrouve cette même idée avec le prophète Elisée qui ordonne à une femme menacée par un créancier de s’enfermer chez elle. Pour accéder à son dû, le créancier est prêt à faire de ses fils des esclaves (2 Rois 4.4-5). Elle est donc là aussi confinée chez elle par crainte de l’exécution de la menace du créancier. Le même prophète un peu plus loin dans le récit, s’enferme avec un enfant en état de mort, et procède à la résurrection de ce dernier en lui imposant les mains (2 Rois 4.33). Il y a ici une idée de retrait comme une préservation de l’intimité. 

Jérémie va vivre plusieurs mises à l’écart. Ce seront des retraits négatifs puisque le prophète est jeté dans une citerne sans eau, confiné dans la vase (Jérémie 37.16 et Jérémie 38.6). Le roi Sédécias est agacé par les paroles de Jérémie et le confine à la fois dans une citerne mais le jettera également en prison, dans la tour de garde (Jérémie 32). Pour la petite histoire, Jérémie a même été attaché à un pilori. Ce retrait arbitraire, ordonné par un roi énervé, devrait pousser le prophète à réfléchir. On le sait, ces confinements ne vont que faire parler le prophète de plus belle. Par contre, un autre personnage, après un confinement, aura eu le temps de réfléchir sur la mission que Dieu lui avait confiée et qu’il avait voulu éviter. Jonas est confiné dans le ventre d’un poisson (chapitre 2) et il trouve enfin le moyen, la volonté de parler à Dieu et de lui adresser une prière. Jonas finit par accomplir sa mission.

Ce retrait pour réfléchir et pour prier, les Evangiles nous le rapportent de Jésus. A plusieurs reprises, Jésus cherche à se retirer, à se confiner dans la prière et communiquer avec son Père. Il se retire dans le désert (Luc 5.16 et 5.36), il se retire aussi dans la montagne, seul (Jean 6.15 et Jean 6.31) et il se retire tout simplement, sans indication de lieu. On peut parler d’un confinement volontaire, nécessaire au ressourcement. L’apôtre Paul, perturbateur de l’ordre public, sera jeté en prison (Actes 16.25-27). Il s’agit d’un confinement imposé par les autorités romaines. 

Et puis, ce qui me fait parler de cette thématique de confinement, c’est bien le texte du jour. Lazare est confiné dans un tombeau, mort et enterré. Jésus, ayant appris la nouvelle, n’arrive malheureusement pas à temps pour son ami et cela déclenche le dialogue entre Marthe et Jésus. Devant Marthe en pleurs, Jésus annonce la vie et la résurrection qu’il incarne et qui préfigure sa propre mort, son propre confinement, sa propre résurrection et la victoire sur tout cloisonnement (Jean 11.27). Comme pour celui de Lazare, la tombe de Jésus est scellée par une pierre. Devant le tombeau de son ami (Jean 11.41), Jésus ordonne à Lazare de sortir de la tombe et de ce qui le tenait confiné et lié, la mort. Celui qui était mort, définitivement et désespérément confiné, reste encore lié par des bandes de linge, derniers restes de l’incrédulité humaine et de sa désespérance. A la différence de Jésus, Lazare retourne à une vie mortelle.

En conclusion et au vu de tous ces récits, il y apparaît une constante : tout confinement appelle une libération ou une délivrance. 

Dans le quotidien de notre situation, incertaine sur la durée, recevons une parole d’espérance aujourd’hui. Dieu est celui qui se manifeste dans des délivrances de quelque situation ou état qui soit. Il nous appelle à la vie en lui et avec lui, dans la foi de la résurrection qui signifie que rien ne peut nous atteindre et nous enfermer. Puissions-nous nous souvenir, quand le moment de la fin de notre confinement arrivera, de ce Dieu qui nous promet et donne la vie, en ouvrant les portes de l’espérance d’une vie avec lui et en lui. Amen.       

 (Didier Meyer)

 

Prière d’intercession 

Seigneur Dieu, source du pardon et de la grâce offerte en Jésus- Christ, augmente notre foi et notre espérance en ta présence dans tous les événements de notre vie. En ces temps d’épidémie donne-nous la force de résister au doute et au découragement, en contemplant ton Fils le Crucifié qui nous ouvre la Vie. 

Nous te prions pour tous les malades, pour ceux qui ont contracté le coronavirus, sois auprès d’eux, sois leur confiance et leur puissant soutien dans l’épreuve. 

Nous te confions les personnels soignant, ceux dont le travail permet à nos concitoyens de vivre et de manger, nous te confions les services publics et ceux qui déploient toute leur énergie pour pallier les difficultés de la crise sanitaire. 

Délivre-nous de la peur de manquer, garde -nous de l’égoïsme de tout vouloir pour nous-mêmes en oubliant les autres. Donne sagesse, courage, force et inspiration aux acteurs et décideurs de la vie politique, économique et sociale. 

Nous te prions pour les scientifiques et les chercheurs, qu’avec l’aide des pouvoirs publics ils puissent rapidement trouver de quoi soigner les maladies graves qui affectent notre humanité. 

Cette crise Seigneur, nous fait aussi prendre conscience de notre fragilité et de notre précarité ; il faut bien reconnaître que nous y avons contribué en considérant la création comme une richesse à exploiter à outrance, sans discernement, sans respect pour le règne minéral, végétal et animal. Donne-nous dans ta grâce d’inventer de nouvelles manières de vivre ensemble à l’image de ton Évangile parmi les Hommes. 

Transforme en artisans d’unité dans le Corps de ton Christ ceux qui partagent ta Parole et communient au même pain. Reçois dans ta gloire ceux qui ont quitté ce monde, augmente notre désir de te voir un jour face à face.  Écoute notre prière, lorsque nous te disons, unis les uns aux autres:
Notre Père.... 

Bénédiction et Envoi
Garde -nous dans ton amour, veille sur nous, sur ceux que nous aimons, sur ceux que nous n’aimons pas assez,
Fais luire ton visage sur ce monde que tu aimes, toi qui es, et qui demeures avec nous et pour nous, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen. 

« Comme Dieu fit sortir les Hébreux du pays de l’esclavage, je crois de même que Jésus-Christ nous fait sortir de nos enfermements. Je crois qu’il nous apprend, jour après jour, à construire notre dignité humaine et à nous tenir debout devant le Père, dans la joie, la paix du cœur, la confiance en son amour et en son soutien. » (Christine Pietro)