Toucher son vêtement – Marc 5, 27-28

Les textes de ce jour ont de quoi surprendre, peut-être même de quoi choquer. Un vêtement qu’on touche pour être guéris, l’ombre des apôtres qui guérit quand elle passe sur les malades au bord du chemin, des tissus et mouchoirs des apôtres qu’on essaie d’obtenir car ils guérissent. « Superstition ! Balivernes ! » On serait tenté de s’offusquer de telles pratiques qui flirtent avec la magie. Mais avant de condamner ce que la Bible ne semble pas condamner, prenons le temps de regarder ce qui se joue dans ces passages. La femme malade depuis 12 ans a peut-être au départ une vision magique. Elle va à Jésus comme vers un guérisseur miraculeux. Mais Jésus va l’amener à cheminer. La femme touche le vêtement et elle est instantanément guérie. Elle le ressent dans son corps. Et Jésus savoir qui l’a touché car il veut amener cette femme de la guérison à la relation. Il veut la faire passer d’une recherche magique à la foi en Dieu qui l’a guérie. C’est là un enjeu important. Souvent dans le ministère de Jésus, la guérison passe par le toucher, il en est de même pour Esaïe dans le temple, et pour les malades qui croisent les apôtres dans le texte des Actes. 

Le problème du protestantisme, c’est qu’allant peut-être trop loin dans le rejet du corps, on se retrouve aujourd’hui avec une spiritualité très intellectuelle : la foi protestante se limite souvent à des concepts à des idées. Il lui manque parfois un corps, une chair, une incarnation. La foi dans la Bible ce n’est jamais une idée à laquelle on adhère, ça ne se passe pas dans la tête. Cela se vit dans le ventre, dans les entrailles. Le monde des idées et des concepts c’est un héritage grec platonicien qui n’est pas biblique. Nous sommes âme et esprit, mais aussi corps : nous en avons besoin de vivre le culte dans sa matérialité. D’ailleurs Jésus se donne à toucher dans le pain et le vin de la Cène, alors osons vivre notre foi de façon concrète : bouger, toucher, goûter nos célébrations. Dieu s’est donné, ne nous contentons pas de le regarder de loin.

 

(Ludovic Papaux, pasteur)

 

Textes bibliques : Esaïe 6, 1-7 / Act. 5, 12-16 et 19, 11-12 / Marc 5, 21-34