Matthieu 27.35 – la dernière humiliation

Dans le récit de la crucifixion, c’est un déséquilibre qui saute aux yeux. D’un côté, les soldats, la foule des intéressés et des curieux et de l’autre côté, nous avons un Jésus muet, n’opposant aucune résistance, ne manifestant aucune révolte. Quelques gestes viennent alimenter ce déséquilibre. Parmi eux, le partage des vêtements du condamné. Le partage des vêtements d’un condamné est une pratique courante, c’est en quelque sorte « l’avantage en nature » des bourreaux. 

  On peut juste s’interroger sur le tirage du sort pour lequel on peut émettre plusieurs hypothèses. Jésus n’avait pas grand-chose comme habit ; partager encore le peu qu’il avait, n’allait servir à aucun des soldats. Les soldats tirent au sort comme s’il s’agissait d’un jeu. Au pied de la croix, au moment où Jésus entre dans une grande souffrance, et dans un brouhaha d’insultes, les soldats parviennent à se détacher de cette atmosphère pesante en s’adonnant à un divertissement. Les soldats me direz-vous ne font qu’exécuter les ordres et ils sont pressés d’en finir : ils avaient déjà réquisitionné Simon de Cyrène pour porter la croix de Jésus, épuisé par les coups. 

Jésus est dévêtu avant d’être crucifié. Pour les soldats, pour la foule et les autorités, cet homme ne représentait plus rien. Il fallait donc lui ôter ce qui le rattachait encore à l’humanité, le vêtement. Les 4 Évangiles corroborent cet événement et Matthieu ne fait que citer la prophétie du Psaume 22.19. La version de Jean insiste sur le tirage au sort de la tunique seule pour qu’elle ne soit pas déchirée. Et pour Jean c’est encore un signe posé par Jésus : rien ne peut le séparer de son amour pour les hommes quels que soient leurs actes et leurs pensées. Rien ne peut séparer les liens qui l’unissent à Dieu et les liens qui unissent le ciel et la terre. Dans la version de Matthieu, l’inscription portée au sommet de la croix, donne tout le sens au partage des vêtements. Jésus est roi mais pas n’importe lequel. Il ne ressemble pas aux rois et aux princes de ce monde ; il est celui qui s’abaisse pour le peuple qu’il aime, en allant au plus profond de l’humiliation. Il est dévêtu, signe de grande vulnérabilité, il est condamné injustement alors que tout homme avait de la valeur pour lui. 

Les signes posés au pied de la croix et relatés par les Évangiles, nous disent surtout que rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ. Au milieu de l’indifférence et de la haine, cette affirmation non seulement dite mais vécue dans la propre chair de Dieu, est une grande et bonne nouvelle. C’est toujours une consolation de se sentir aimé par ce qui nous dépasse. Jésus aurait pu stopper tout ce processus ; pourtant il est allé jusqu’au bout par amour. Merci Seigneur, pour cet amour que tu as manifesté et que tu continues à manifester. Gloire à toi. Amen. 

(Pasteur Didier Meyer) 

 

Lectures du jour : Psaume 22. 7-20 - Romains 8, 31-39- Matthieu 27, 32-37