« Vois-tu d’un mauvais œil que je sois bon ? »  Matthieu 20,15

Devant ce qui semble être une injustice, il est normal de crier au scandale. C’est ce qu’ont fait les ouvriers qui ont travaillé toute la journée en recevant le même salaire que ceux qui n’ont travaillé qu’une heure.

Rancœur, jalousie, esprit de comparaison… ce sont des états présents dans notre nature humaine. On se réjouit plus facilement du malheur qui arrive à notre prochaine plutôt que du bonheur qui lui est donné à lui et pas à nous. Pourtant le texte de l’Évangile nous invite à changer de regard.

Tout d’abord changer de regard sur l’injustice : qui la subit en vérité ? Les premiers ouvriers ? Non, car ils ont eu le salaire convenu, on ne leur fait pas de tort ? Les derniers ouvriers ? Évidemment que non, il leur est fait don de plus que mérité pour leur permettre de survivre grâce à un salaire décent. Le maître ? Oui, s’il y en a un qui perd quelque chose c’est lui, mais s’il y perd c’est par amour et par bonté envers les ouvriers désœuvrés. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque il n’y a pas de protection sociale : celui qui ne peut pas ramener le salaire d’une journée ne peux pas faire manger ni lui ni sa famille. La bonté du maître est une question de survie pour les ouvriers.

Nous sommes invités à adopter le regard de Dieu, à laisser de côté notre conception jalouse de la justice pour recevoir sa justice à lui qui n’est pas comparaison ni comptes d’apothicaire, mais grâce, bonté et don. Ce n’est certes pas facile de se réjouir pour l’autre. Cela demande de faire mourir en nous la jalousie, la comparaison, l’orgueil. Mais c’est libérateur ! L’amertume s’en va, la rancœur disparait, la joie et la reconnaissance prennent le dessus lorsque l’on change de regard sur l’autre, sur soi-même et sur Dieu. Les rabbins expliquent que la jalousie est comme une bougie, et la reconnaissance est comme un brasier. Si on approche la jalousie de la reconnaissance, la jalousie va finir par fondre et disparaitre.               

(Ludovic Papaux, pasteur)

Textes bibliques : Esaïe 55, 6-9 / Matthieu 20, 1-16