Le parfum, utilisé depuis l’Antiquité pour célébrer, honorer ou embaumer, devient dans l’Évangile un geste profondément symbolique lorsqu’une femme verse un parfum précieux sur la tête de Jésus. Les convives ne voient dans cet acte qu’un gaspillage d’argent qui aurait pu être donné aux pauvres. Ils jugent selon une logique matérielle et utilitaire, prisonnière d’un « récit dominant » fondé sur l’efficacité et la rentabilité.
Jésus, au contraire, cherche à comprendre le geste de la femme à partir d’elle-même. Il ouvre un autre regard, un autre récit, qui dépasse la simple logique économique. Ce texte invite ainsi à interroger nos propres réflexes : suivons-nous le récit convenu, raisonnable et conformiste, ou celui de l’Évangile, qui demande un changement de regard et une conversion intérieure ? Le baptême engage à adopter ce regard du Christ, fait de grâce, d’amour et de vérité, plutôt que de jugement ou de moralisme.
Le geste de la femme illustre aussi la différence entre le don conditionnel — un « deal » qui attend un retour — et le don inconditionnel, gratuit, sans attente de réciprocité. À l’image d’un coucher de soleil ou du rire d’un enfant, le don inconditionnel est gratuit, surprenant, inutile au sens marchand, mais porteur de joie et de sens. L’onction de Béthanie révèle cette dimension du don comme excès d’amour, au-delà de toute logique utilitaire.
Alors à la suite de cette femme sans nom, laissons-nous embarquer par des récits qui ne sont pas déjà figés. Ecoutons celles et ceux qui nous interpellent par leur comportement, par leur différence, comme le fait Jésus. Et offrons de plus en plus non pas des deals, mais des dons inconditionnels qui changeront réellement nos rapports humains.