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Texte à méditer pour l’entrée dans le temps de Carême

« Lorsque notre injustice a atteint son comble, lorsqu’il a été tout à fait évident qu’elle méritait pour salaire un châtiment mortel, quand est venu le temps que Dieu avait par avance fixé pour manifester enfin sa bienveillance et sa puissance (ô surabondance de son amitié pour les humains et de son amour !), il ne nous a pas détestés, ne nous a pas rejetés, ne s’est pas souvenu de nos fautes, mais il a été patient, il nous a supportés. En sa pitié, il a lui-même pris sur lui nos péchés. Il a lui-même livré son propre Fils en rançon pour nous : le saint pour les transgresseurs, l’innocent pour les coupables, le juste pour les injustes, l’incorruptible pour les corruptibles, l’immortel pour les mortels.
Car, pour voiler nos péchés, qu’y avait-il d’autres que sa justice ? Par qui était-il possible de nous rendre justes, nous les transgresseurs, les impies, sinon par le seul Fils de Dieu ? Ô le doux échange, l’œuvre insondable, les bienfaits inattendus : la transgression d’un grand nombre est effacée par un seul juste, la justice d’un seul rend justes de nombreux transgresseurs ! Donc, après avoir démontré, auparavant, qu’il était impossible à notre nature d’obtenir la vie, maintenant il montre que le Sauveur peut sauver même ce qui ne pouvait l’être. »

(Lettre à Diognète, IIe siècle)

« Ô le doux échange ! »

Selon la loi de la Torah, un lépreux, est mis à l’écart en raison de sa contagion, mais aussi car il qui était considéré comme impur. L’impur est un véritable banni : il est dehors des villes et n’avait le droit de n’approcher personne. Après la guérison Jésus lui ordonne de garder le silence sur ce qui s’est passé : c’est peut-être une manière de protéger l’ancien lépreux. Car il a enfreint la loi. Il enfreint la loi car il s’approche de Jésus et ne jette à ses pieds. Le désespoir pousse cet homme à une certaine audace. Jésus ne va pas le condamner pour ça. Au contraire le texte nous dit qu’il est ému de compassion, et il le guérit. Jésus a peut-être voulu protéger ce lépreux d’une sanction pour avoir enfreint les règles, mais il y a plus que cela dans ce silence commandé par Jésus. La douceur maternelle avec laquelle Jésus accueille et guérit ce lépreux se change brutalement en sévérité : « Jésus s’emporta contre lui, et le chassa en lui disant de ne rien dire à personne. » Pourquoi cet énervement de Jésus contre celui qu’il vient pourtant de guérir ? Le texte ne donne pas d’explication, on ne peut que lire entre les lignes. Le lépreux ne va pas s’arrêter là dans sa désobéissance… Non seulement il désobéit à la loi, mais il désobéit encore à l’ordre de Jésus. Jésus a peut-être vu cette tendance de cet homme à désobéir. Sa première désobéissance était mue par son désespoir et Jésus l’a accueilli avec compassion. La seconde désobéissance n’est plus mue par le désespoir, ni par la reconnaissance, mais semble l’être par l’orgueil. Ce lépreux pourtant si humble dans son agenouillement, si humble dans sa prière envers Jésus… même les humbles ne sont pas à l’abri de la désobéissance et de tomber dans l’orgueil… Cette désobéissance de l’ancien lépreux aura des conséquences pour Jésus : il y a tellement de monde qui veut maintenant voir Jésus qu’il ne peut plus entrer dans les villes. Les situations du lépreux et de Jésus s’inversent. Rappelez-vous : au début le lépreux est contraint de rester dans le désert et Jésus sort de la ville. Après cette rencontre, c’est Jésus qui est contraint de rester dans le désert et le lépreux quant à lui entre dans la ville. C’est la préfiguration de la croix : Jésus prend nos maladies, nos impuretés et nos péchés et ils les portent sur la croix, à l’extérieur de la ville, nous donnant ainsi la possibilité d’entrer dans la nouvelle Jérusalem. Luther parlera à ce sujet d’un « Joyeux échange » : « Ainsi le Christ possède-t-il tout bien et toute béatitude, et ceux-ci reviennent à l’âme ; ainsi l’âme a-t-elle sur elle tous les vices et les péchés, et ceux-ci reviennent au Christ. Alors s’instaurent une querelle et un échange joyeux. »

Le Christ me donne la pureté et porte mon impureté. Il me donne la bénédiction et porte ma malédiction. Il me fait entrer dans la ville sainte, et le voilà crucifié hors des murs. Il meurt pour me donner la vie.

Textes du jour : Lévitique 13, 45-46 / Psaume 32 / Marc 1, 40-45

Prière du dimanche 4 février 2024

Seigneur, je veux te remettre tout ce qui m’encombre et m’empêche de te suivre. Tu m’appelles à devenir un artisan de ton Royaume et je suis préoccupé par mes fausses richesses. Tu m’appelles à me mettre à ta suite et je suis retenu par mes peurs et mes habitudes. Tu m’appelles à oser la vie de l’Évangile et je m’enferme dans mes ténèbres et dans mes morts. Seigneur, pardonne-moi et donne-moi ta liberté, ton courage et ta joie, pour que j’apprenne, encore et toujours à devenir ton disciple qui marche à ta suite.»                                                                                                                                                                                                                 (Anonyme)

Citation du dimanche 4 février 2024

« Quand ton propre nom est plus grand que ton service, Dieu ne te loues plus. Dieu ne te loues plus quand tu te loues toi-même.»                                                                                                                        (Anonyme)

Verset du dimanche 4 février 2024

« Quel est mon mérite ? C’est d’annoncer l’Évangile sans chercher aucun avantage personnel, je me suis fait l’esclave de tous.»                                                                                                                          (1 Corinthiens 9)

« Qui est-ce que je sers ? » 

Job au bout du rouleau. Il est totalement découragé et frise de désespoir. A bout, il dresse ce constat : « La vie est une corvée, je n’ai en partage que le néant, je ne compte que des nuits de souffrance. » L’exemple de Job est extrême, mais il nous arrive peut-être à tous de traverser des périodes difficiles : on a l’impression que rien ne va à l’extérieur de soi : que ce soit dans les relations familiales où amicale, au travail, dans ses projets personnels, et pourquoi pas même dans sa vie chrétienne et son engagement ecclésial. Mais rien ne va non plus à l’intérieur de soi : déprime, perte de sens, vie spirituelle au point mort, doutes, découragement généralisé. On se retrouve symboliquement cloué au lit.  Un peu comme la belle-mère de Pierre, qui est prise par la fièvre.  Un élément du texte est primordial pour comprendre l’enjeu de la guérison. Jésus saisit cette femme par la main et la fit lever : la fièvre la quitta et elle se mit à les servir. Servir : voilà tout l’enjeu ! C’est cela le but de la guérison : que nous puissions entrer plus pleinement, plus totalement, au service du Christ. Quand on parle de service, il y a toujours un piège que peut se glisser de manière trompeuse et sans qu’on s’en aperçoive : que le service du Christ, soit en réalité un prétexte pour se servir soi-même. L’apôtre Paul relève ce point dans le passage que nous avons entendu : « Quel est mon mérite ? C’est d’annoncer l’évangile sans chercher aucun avantage personnel, je me suis fait l’esclave de tous. » Très souvent, nous utilisons notre service du Christ pour au passage en retirer un avantage : une position, de la reconnaissance d’autrui, une bonne conscience. Comment repérer cela ? A chaque fois qu’au-dedans de moi je me dis que les autres ont bien de la chance de m’avoir. A chaque fois que je me dis que si on me contredit ou qu’on me confronte à mes limites, je claque la porte. A chaque fois que je me dis que les autres sont ingrats envers moi avec tout ce que je fais.  A chaque fois, c’est le signe qu’un peu de moi et de mon égo s’est glissé dans mon service. C’est le signe que pour un petit bout, je me sers en réalité moi-même. Quand Dieu voit ce glissement, il va parfois utiliser ce qu’on appelle la déréliction pédagogique de Dieu. Dieu va juste un peu, un tout petit peu, se retirer de moi pour me laisser mesurer que mon service n’a pas de sens hors de lui. Quand Dieu voit qu’il n’est plus le centre, qu’il n’a plus toute la place, qu’il n’est plus servi pour lui-même, il me laisse un moment me débrouiller tout seul. A partir de là, il y a deux attitudes possibles : soit se laisser tomber dans le découragement, ou pire dans le désespoir. Soit retourner près de la source de chaleur, revenir à Dieu et lui demander encore et à nouveau, son Esprit de feu qui me rendra ardent et bouillonnant dans le service. C’est une décision à poser encore et à nouveau, chaque matin de notre vie. Faire le choix de Dieu et de le servir, envers et contre tout.

Textes du jour :  Job 7, 1-7 /  1 Cor 9, 16-23 /  Marc 1, 29-39