On peut lire l’histoire de Jonas en prenant pour grille de lecture les jeux de rôles où le scénario se dessine en fonction des réactions choisies par les partenaires du jeu. Dans cette perspective Dieu joue avec Jonas. Si Jonas souvent décide de ne jouer que pour lui, il semble que Dieu tient à lui, fait tout pour maintenir la relation tout en lui laissant toujours la liberté de réaction.
Plusieurs manches se jouent tout au long du récit. Elles dévoilent comme chaque personnage est un acteur responsable, responsable de ses choix devant lui-même, devant les autres, devant Dieu. Chacun se trouve contraint de décider comment il veut poursuivre son existence, les marins dans la tempête, les Ninivites à l’annonce de la destruction prochaine de leur ville, Jonas dans ses face-à-face avec son Dieu.
Le scénario du jeu n’est pas écrit d’avance ; il reste de la place pour l’imprévu. Dieu n’est pas le maître absolu du jeu. Lui aussi essaye, corrige, recommence. Jonas aimerait pouvoir prévoir les actions de Dieu. Il fait l’expérience d’un Dieu imprévisible, par bonté.
L’histoire raconte un Dieu qui agit pour le bonheur des humains qui veulent entrer dans la partie. Ou pour le dire autrement : Dieu te ménage un espace de liberté et de responsabilité. Tu peux prendre le risque de lui faire confiance. Il s’est manifesté souvent, dans sa bonté.
Jonas aussi aura grandi dans ce périple. Il a dû abandonner ses certitudes pour les retrouver en les mettant en jeu, en les vivant.
La fin est ouverte ; c’est au tour de Jonas de jouer. Préférera-t-il prendre soin de son amour-propre blessé ? de son sentiment de justice non-respecté ?
Va-t-il, suivant l’exemple des « autres », accepter cet amour, cette solide bonté de Dieu ? Cette main que Dieu lui tend, à lui comme aux étrangers ?
L’histoire ne le dit pas. Peut-être parce que l’histoire que Dieu tisse avec nous, en fonction de nos réponses, est, elle aussi, encore à inventer.
Pour en savoir plus :
Olivier Bauer, Le jeu de Dieu et de Jonas, Aubonne : Editions du Moulin, 1996
Francine Carillo, Jonas. Comme un feu dévorant, Genève : Labor et Fides, 2017