Il y a 500 ans a eu lieu en Allemagne une révolte populaire appelée Guerre des paysans, 1525. Ce soulèvement violent s’inscrit dans un contexte de féodalité et donc de soumissions des petits gens aux princes et évêques à qui les paysans fournissent des produits agricoles comme taxes et leur sont totalement soumis. Cela appauvrit la campagne et enrichit les riches. Martin Luther, le réformateur allemand, publie en 1520 un texte capital sur la liberté du chrétien. L’expérience d’exploités et l’affranchissement spirituel découvert dans l’écrit de Luther mobilisera les paysans à se révolter. Douze articles ont été publiés dans un pamphlet desquels la révolte paysanne s’inspire, rédigé par un instituteur de St. Gall en Suisse et un artisan pelletier et théologien en herbe de l’Allemagne du Sud. Les XII Articles dessinent un programme de réforme sociale, à la fois spirituelle et politique, truffés de textes bibliques. Paysans et artisans veulent accéder à un statut de partenaire respecté et écouté. Les princes locaux et les évêques sont exhortés à céder une partie de leur pouvoir.
Des groupes de paysans pillent entre 1525 et 1527 les châteaux et les monastères qui les oppriment. La réponse des princes et évêques sera sans pitié et 70’000 paysans meurent dans ces multiples lieux de soulèvement.
Comment réagira Martin Luther ? Lui-même plutôt proche des princes et ayant grandi dans un foyer aisé, ne comprend pas cette haine et cette furie de revange qui habite les cœurs des paysans. Il publie un petit livre appelé « Admonition à la paix » dans lequel il s’en prend violemment aux paysans, mais aussi aux princes qu’il accuse être responsables de cette révolte. Il s’inquiète particulièrement de l’utilisation de l’Evangile comme justification de leur violence. Luther se base sur le texte dans la Lettre aux Romains (13, 1-7) qui propose le respect des autorités, toutes instituées par Dieu. Il soutiendra la répression, même par la violence, des princes contre les paysans. Mais il pense que la prêche de l’Evangile devra être suffisante pour admonester les princes et l’Eglise, et corriger leurs égarements dans le luxe et l’extravagance, afin que les paysans vivent heureux. Un certain Thomas Müntzer, d’abord proche de Luther, puis devenu radical et adversaire, excite les paysans et défend une manière chrétienne de changer la société par la violence. Il tombera dans une bataille. Ses idées révolutionnaires et apocalyptiques feront de lui une figure héroïque de la lutte des classes jusqu’à aujourd’hui.
L’injuste traitement du peuple crée de la haine et de la révolte qui parfois devient ingérable. Jésus-Christ prêche et montre par son exemple que les changements sont nécessaires quand l’humain est maltraité par ses semblables, que ce soit par mépris ou par des règles, même religieux. Oui, Jésus-Christ appelle à des structures sociales à évoluer. Mais en le suivant, comment nous y prendre ? De manière radicale, rapide et violente, ou par l’éducation, lentement, par la persuasion ? A la lumière des textes bibliques, il y a une prise de conscience des injustices et des changements nécessaires et possibles à réaliser. Mais comment cela se traduira concrètement ? Pour les uns le droit à la révolte est indiscutable. Pour d’autres, d’autres moyens pourraient être possibles et qui sont non-violents. Je pense que c’est la voie chrétienne.