Le Cantique des Cantiques fait 7 pages à peine dans la Bible. Il ressemble à une pièce de théâtre où différents personnages se répondent. Daté du 3e siècle av. J-C., il tire probablement son origine de chants mis en scène lors de mariages.

Le cantique des cantiques a été perçu comme décrivant aussi la relation du croyant avec Dieu, très proche en cela de la tradition souffie dans l’islam. Mais cette lecture n’efface pas la première, évidente ou littérale, d’une relation entre un homme et une femme.

 

J’entends la voix de mon bien-aimé. Le voici, il vient (2,8)

Le bien-aimé est toujours ‘celui qui vient’. De la même manière, « le Nouveau Testament ne dit jamais « il viendra » ou « il reviendra », mais il vient. Il est déjà là, à nos côtés, présence invisible mais divinement active, qui se manifestera dans toute sa puissance à l’accomplissement des temps. »

Mon bien-aimé s’adresse à moi et me dit : Lève-toi, mon amie, ma belle, va, de toi-même, pour toi-même et vers toi-même

C’est une traduction inhabituelle, elle joue avec un jeu de mots en hébreu et la profondeur de l’interprétation spirituelle : La première chose que dit le Bien-aimé est « lève-toi !» – Qoumi, C’est le même ordre que Jésus adressera à la jeune fille mourante ou endormie « ressuscite !»

Va « vers toi-même ». C’est la même injonction qui est donnée à Abram (…) : « Va vers toi-même, loin de ta terre, de ta patrie, de la maison de ton père, vers la terre que je te montrerai (Gn12,1). Vers une nouvelle vie, un nouveau moi. La bien-aimée est invitée à une même mutation : décider librement d’aller vers sa propre terre, c’est-à-dire sa vraie personne. (…) C’est de son plein gré, avec la force qui est en elle, qu’elle doit se risquer sur ce même chemin, dans cette même aventure.»

Dans la tradition juive, le cantique est associé à la fête de l’Exode. Il est lu lors de la fête de la Pâque qui célèbre la sortie de l’esclavage, hors du pays de l’angoisse.

Ma colombe qui te caches au creux du rocher, dans le secret des escarpements, fais-moi voir ton visage, fais-moi entendre ta voix, car ta voix est douce et ton visage charmant.

Habituellement, dans la Bible, c’est Israël ou le croyant qui désire voir et entendre Dieu. De manière surprenante, ici, c’est l’inverse : Dieu appelle celle qu’il aime et lui déclare son amour !

« Chose incroyable et renversante que ce Dieu de l’univers qui supplie la personne humaine de se révéler à lui ! (…) A nous, si prompts à détecter nos défauts physiques et à énumérer nos déficiences intimes, voici que Dieu se présente comme l’amoureux qui s’enhardit à nous déclarer avec flamme que notre voix est douce et notre visage charmant ! Qui peut oser y croire ?

Celle ou celui qui humblement, délicatement, consent à desserrer l’étaut de ses peurs et à s’ouvrir à l’inconcevable. Celle ou celui dont le visage se détend et s’auréole d’un sourire d’enfant ».[1].

[1] Cf. Thérèse Glardon, Cet amour qui nous grandit. Dialogues avec le Bien -Aimé dans le Cantique des cantiques, Labor et Fides, 2020, p.77