La paix nous fait immédiatement aussi penser à la guerre. Elle fait des ravages et actuellement il y a plusieurs pays qui vivent cette situation horrible. Mais le mot « paix » s’utiliser aussi dans d’autres contextes. Là où se vivent des tensions entre des groupes de population, ou à l’intérieur d’une famille, d’un couple. Il y a des discordes, des litiges dans la société, des clashes entre identités. « L’engagement pour la paix commence donc par la déconstruction de discours et de peurs, » disait Annemarie Sancar, anthropologue sociale bernoise intervenue lors d’une journée de réflexion des Femmes protestantes l’année dernière sur le thème « Visions féministes sur la paix ». Et dans cette déconstruction, les Eglises sont invitées à agir, notamment en disant leur vision de l’humain et ses possibilités. Elles doivent parfois devenir une alternative aux discours admis, par ex. ceux qui veulent mobiliser pour l’armement, ou pour des genres typés excusant les mâles et leur violence. Aussi le mot « sécurité » est malmené (voir citation de la semaine ci-dessous). Déconstruire les discours de ceux qui attribuent des caractéristiques violentes essentielles à certaines cultures ou religions, ce qui est fondamentalement faux et l’Eglise universelle pose un tout autre diagnostic. Les Eglises peuvent dire davantage sur la nature de l’humain, et comment aller vers une réconciliation des identités, des différences, sous l’autorité de Jésus-Christ. Nous y croyons. Les chrétiens portent un discours de « ponts » et non de murs, de réconciliation et non de frontières. Ils oeuvrent toujours pour la paix, jamais pour la guerre, les conflits et les tensions.
Ensuite, le Royaume de Dieu est aussi une idée que Jésus a déposé sur la terre et parmi les siens. Dans ce Royaume qui est un don de Dieu, une grâce, on aime ses ennemis, on tend l’autre joue, on donne plus que l’aumône, on accueille sans compter, on vit une totale égalité entre les sexes. Ce n’est pas un monde de bisounours, mais d’une réelle mise en valeur du prochain comme un don que Dieu me fait et dont je prends soin, au nom de Dieu. Et cela crée une autre dynamique. A l’intérieur du Royaume de Dieu, il y a des thèmes à travailler que les Eglises réalisent modestement et qui contribuent à favoriser la paix. Par ex. en réduisant les inégalités sociales et en combattant la pauvreté, ici et ailleurs ; par le partage des gains économiques et son enracinement local et non pas global ; en réfléchissant sur le sens et l’absurde des frontières religieuses, nationales, identitaires et en montrant que « vivre ensemble » est possible. Les Eglises peuvent soutenir des alternatives à la guerre, telle le service civile, problématiser la notion de « sécurité », voter des budgets pour des projets de paix et de réconciliation, s’engager en faveur des modèles familiaux sans autoritarisme ni patriarcat. Il est où ce Royaume ?, demandent les Pharisiens à Jésus. Il répond : « Il est simplement ici. »
Lectures bibliques : Luc 17, 11-21 et Ephésiens 2, 11-2