L’histoire de TerrEspoir commence par une question très concrète : que deviennent les jeunes formé∙es à l’agriculture lorsqu’ils et elles ne trouvent pas de débouchés pour leurs produits ? En mai 1992, à Yaoundé, le pasteur camerounais Luc Norbert Kenne, engagé auprès de groupes de jeunes ruraux, échange avec Olivier Martin, technicien agronome suisse et expert-conseil de DM, qui a dirigé pendant onze ans la ferme-école de Bagam, dans l’ouest du Cameroun. Tous deux font le même constat : beaucoup de jeunes formé·es au travail de la terre se retrouvent en situation précaire. Le problème n’est pas seulement de produire, mais de commercialiser. De cette rencontre naît une idée audacieuse. Celle de créer un système de commercialisation reliant différentes régions du Cameroun, puis ouvrant aussi un débouché en Europe. DM joue un rôle de déclencheur à travers le Service chrétien d’animation rurale (SCAR), un service créé pour accompagner les projets d’animation et de formation en zones rurales africaines. Dès 1992, les premiers fruits camerounais sont testés en Suisse : une commande de 150 kilos, puis sept arrivages au total cette année-là, vendus grâce aux Magasins du Monde, à des épiceries alternatives, à des paroisses et à des réseaux militants. Les débuts sont fragiles, parfois incertains. Les prix paraissent élevés à certain∙es acheteur∙euses, les débouchés restent à construire, et même au sein de DM, le débat existe : une organisation missionnaire peut-elle porter une activité commerciale ? Mais l’expérience révèle rapidement son potentiel. En 1993, le Conseil de DM demande à Christophe Reymond, ingénieur agronome et futur coordinateur de TerrEspoir Suisse, de mener une étude de faisabilité. L’enjeu est alors de clarifier les responsabilités, les contraintes et l’avenir institutionnel du projet. Peu à peu, TerrEspoir se structure autour d’une conviction nouvelle pour les producteur∙trices : ils et elles ne sont pas de simples fournisseurs, mais les premier∙ères acteur∙trices de la filière. Ils et elles apprennent à calculer leur prix de revient, à fixer un prix juste, à garantir qualité et traçabilité, et à ne plus dépendre uniquement du prix imposé par les commerçant∙es. Cette maturation conduit à une double structuration. Au Cameroun, un groupement d’initiative  – TerrEspoir Cameroun – est légalement constitué à Douala en 1995, avec des représentant∙es des producteur∙trices et des unions d’Églises partenaires. En Suisse, la Fondation TerrEspoir Suisse est officiellement créée en 1996 par DM et Pain pour le Prochain (aujourd’hui l’EPER), avec pour vocation de promouvoir un commerce équitable et respectueux de l’environnement. Dès l’origine, l’intuition est claire : TerrEspoir ne doit pas être un instrument aux mains des institutions, mais rester au service des producteur∙trices. C’est cette intuition que DM prolonge aujourd’hui encore, en soutenant une filière où l’agriculture familiale devient source de dignité, d’autonomie et d’avenir !