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Le verset du dimanche 10 août 2025
Avec leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et avec leurs lances ils feront des faucilles. On ne lèvera plus l’épée un pays contre l’autre, on ne s’exercera plus à la guerre. Chacun cultivera en paix sa vigne et ses figuiers sans que personne l’inquiète. Michée 4, 3-4
Prédication du dimanche 10 août 2025
Il y a 500 ans a eu lieu en Allemagne une révolte populaire appelée Guerre des paysans, 1525. Ce soulèvement violent s’inscrit dans un contexte de féodalité et donc de soumissions des petits gens aux princes et évêques à qui les paysans fournissent des produits agricoles comme taxes et leur sont totalement soumis. Cela appauvrit la campagne et enrichit les riches. Martin Luther, le réformateur allemand, publie en 1520 un texte capital sur la liberté du chrétien. L’expérience d’exploités et l’affranchissement spirituel découvert dans l’écrit de Luther mobilisera les paysans à se révolter. Douze articles ont été publiés dans un pamphlet desquels la révolte paysanne s’inspire, rédigé par un instituteur de St. Gall en Suisse et un artisan pelletier et théologien en herbe de l’Allemagne du Sud. Les XII Articles dessinent un programme de réforme sociale, à la fois spirituelle et politique, truffés de textes bibliques. Paysans et artisans veulent accéder à un statut de partenaire respecté et écouté. Les princes locaux et les évêques sont exhortés à céder une partie de leur pouvoir.
Des groupes de paysans pillent entre 1525 et 1527 les châteaux et les monastères qui les oppriment. La réponse des princes et évêques sera sans pitié et 70’000 paysans meurent dans ces multiples lieux de soulèvement.
Comment réagira Martin Luther ? Lui-même plutôt proche des princes et ayant grandi dans un foyer aisé, ne comprend pas cette haine et cette furie de revange qui habite les cœurs des paysans. Il publie un petit livre appelé « Admonition à la paix » dans lequel il s’en prend violemment aux paysans, mais aussi aux princes qu’il accuse être responsables de cette révolte. Il s’inquiète particulièrement de l’utilisation de l’Evangile comme justification de leur violence. Luther se base sur le texte dans la Lettre aux Romains (13, 1-7) qui propose le respect des autorités, toutes instituées par Dieu. Il soutiendra la répression, même par la violence, des princes contre les paysans. Mais il pense que la prêche de l’Evangile devra être suffisante pour admonester les princes et l’Eglise, et corriger leurs égarements dans le luxe et l’extravagance, afin que les paysans vivent heureux. Un certain Thomas Müntzer, d’abord proche de Luther, puis devenu radical et adversaire, excite les paysans et défend une manière chrétienne de changer la société par la violence. Il tombera dans une bataille. Ses idées révolutionnaires et apocalyptiques feront de lui une figure héroïque de la lutte des classes jusqu’à aujourd’hui.
L’injuste traitement du peuple crée de la haine et de la révolte qui parfois devient ingérable. Jésus-Christ prêche et montre par son exemple que les changements sont nécessaires quand l’humain est maltraité par ses semblables, que ce soit par mépris ou par des règles, même religieux. Oui, Jésus-Christ appelle à des structures sociales à évoluer. Mais en le suivant, comment nous y prendre ? De manière radicale, rapide et violente, ou par l’éducation, lentement, par la persuasion ? A la lumière des textes bibliques, il y a une prise de conscience des injustices et des changements nécessaires et possibles à réaliser. Mais comment cela se traduira concrètement ? Pour les uns le droit à la révolte est indiscutable. Pour d’autres, d’autres moyens pourraient être possibles et qui sont non-violents. Je pense que c’est la voie chrétienne.
La prière du dimanche 3 août 2025
Seigneur, fais de moi un instrument de Ta paix !
Là où il y a la haine, que je mette l’amour ;
Là où il y a l’offense, que je mette le pardon ;
Là où il y a la discorde, que je mette l’union ;
Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité.
D’après Saint François d’Assis
La citation du dimanche 3 août 2025
Dietrich Bonhoeffer, pasteur et théologien allemand exécuté en 1945, écrivait en 1934: « Comment obtenir la paix ? Par un système de traités politiques ? Par l’investissement de capitaux internationaux dans les différents pays ? c’est-à-dire par les grandes banques, par l’argent ? Ou même par un réarmement pacifique généralisé dans le but de garantir la paix ? Non, pas par tout cela, pour la simple raison que l’on confond partout la paix et la sécurité. Il n’y a pas de voie vers la paix par la voie de la sécurité. Car la paix doit être osée, c’est un grand risque, et elle ne peut jamais être assurée. La paix est le contraire de la sécurité. Exiger des garanties, c’est se méfier, et cette méfiance engendre à son tour la guerre. Chercher des sécurités, c’est vouloir se protéger soi-même. La paix, c’est s’abandonner entièrement au commandement de Dieu, ne pas vouloir de sécurité, mais remettre, dans la foi et l’obéissance, l’histoire des peuples entre les mains du Dieu tout-puissant et ne pas vouloir en disposer égoïstement ». Ces déclarations limpides s’inscrivent dans le contexte du national-socialisme allemand, de la mise au pas des églises, d’un néo-luthéranisme nationaliste et enthousiaste à l’égard de la guerre.
Le verset du dimanche 3 août 2025
Ecarte-toi de ce qui est mauvais, fais ce qui est bon ; recherche la paix, poursuis-la. Psaume 34
Prédication du dimanche 3 août 2025
La paix nous fait immédiatement aussi penser à la guerre. Elle fait des ravages et actuellement il y a plusieurs pays qui vivent cette situation horrible. Mais le mot « paix » s’utiliser aussi dans d’autres contextes. Là où se vivent des tensions entre des groupes de population, ou à l’intérieur d’une famille, d’un couple. Il y a des discordes, des litiges dans la société, des clashes entre identités. « L’engagement pour la paix commence donc par la déconstruction de discours et de peurs, » disait Annemarie Sancar, anthropologue sociale bernoise intervenue lors d’une journée de réflexion des Femmes protestantes l’année dernière sur le thème « Visions féministes sur la paix ». Et dans cette déconstruction, les Eglises sont invitées à agir, notamment en disant leur vision de l’humain et ses possibilités. Elles doivent parfois devenir une alternative aux discours admis, par ex. ceux qui veulent mobiliser pour l’armement, ou pour des genres typés excusant les mâles et leur violence. Aussi le mot « sécurité » est malmené (voir citation de la semaine ci-dessous). Déconstruire les discours de ceux qui attribuent des caractéristiques violentes essentielles à certaines cultures ou religions, ce qui est fondamentalement faux et l’Eglise universelle pose un tout autre diagnostic. Les Eglises peuvent dire davantage sur la nature de l’humain, et comment aller vers une réconciliation des identités, des différences, sous l’autorité de Jésus-Christ. Nous y croyons. Les chrétiens portent un discours de « ponts » et non de murs, de réconciliation et non de frontières. Ils oeuvrent toujours pour la paix, jamais pour la guerre, les conflits et les tensions.
Ensuite, le Royaume de Dieu est aussi une idée que Jésus a déposé sur la terre et parmi les siens. Dans ce Royaume qui est un don de Dieu, une grâce, on aime ses ennemis, on tend l’autre joue, on donne plus que l’aumône, on accueille sans compter, on vit une totale égalité entre les sexes. Ce n’est pas un monde de bisounours, mais d’une réelle mise en valeur du prochain comme un don que Dieu me fait et dont je prends soin, au nom de Dieu. Et cela crée une autre dynamique. A l’intérieur du Royaume de Dieu, il y a des thèmes à travailler que les Eglises réalisent modestement et qui contribuent à favoriser la paix. Par ex. en réduisant les inégalités sociales et en combattant la pauvreté, ici et ailleurs ; par le partage des gains économiques et son enracinement local et non pas global ; en réfléchissant sur le sens et l’absurde des frontières religieuses, nationales, identitaires et en montrant que « vivre ensemble » est possible. Les Eglises peuvent soutenir des alternatives à la guerre, telle le service civile, problématiser la notion de « sécurité », voter des budgets pour des projets de paix et de réconciliation, s’engager en faveur des modèles familiaux sans autoritarisme ni patriarcat. Il est où ce Royaume ?, demandent les Pharisiens à Jésus. Il répond : « Il est simplement ici. »
Lectures bibliques : Luc 17, 11-21 et Ephésiens 2, 11-2